sábado, 27 de abril de 2013

Michel Houellebecq (Saint-Pierre,1956)

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SOBREVIVIR

"Con todo, el oficio de las letras sigue siendo el único en el que se puede no ganar dinero sin caer en el  ridículo."

                Un poeta muerto ya no escribe. De ahí la importancia de permanecer vivo.

            Este razonamiento simple, resultará a veces difícil de sostener. En particular durante los períodos de esterilidad creadora prolongada. Mantenerse con vida, en esos casos, le parecerá dolorosamente inútil; de todas formas, no escribirá más.
            A esto, solo una respuesta: en el fondo, usted no sabe nada. Y si se examina con honestidad, finalmente deberá aceptarlo. Se han visto casos extraños.
            Si usted no escribe más, es quizá el preludio de un cambio de forma. O de un cambio de tema. O de las dos cosas. O tal vez se trate efectivamente de su muerte creadora. Pero usted no sabe nada. No conocerá jamás esa parte de usted mismo que lo impulsa a escribir. La conocerá solo bajo formas aproximadas y contradictorias. ¿Egoísmo o devoción? ¿Crueldad o compasión? Todo se puede defender. Prueba de que, finalmente, usted no sabe nada; entonces, no se comporte como si supiera. Frente a su ignorancia, frente a esa misteriosa parte  de usted mismo, siga siendo honesto y humilde.
            No solo los poetas que viven hasta viejos producen más, sino que en la vejez se asientan procesos físicos y mentales particulares, que sería una lástima no llegar a conocer. Dicho esto, sobrevivir resulta extremadamente difícil. Podremos pensar en adoptar una estrategia a la Pessoa: encontrar un empleo insignificante, no publicar, esperar apaciblemente la muerte.
            En la práctica, tendremos que sobreponernos a importantes dificultades: sensación de perder el tiempo, de no estar en nuestro lugar, de no ser valorado en la justa medida … todo esto pronto se volverá insostenible. Será difícil evitar el alcohol. Al final de cuentas, la amargura y la acidez esperarán al final del camino, seguidas inmediatamente por la apatía y una esterilidad creadora total.
            Esta solución tiene sus inconvenientes, pero que en general es la única. Vale recordar a los psiquiatras, que disponen de la facultad de prescribir parar de trabajar. En cambio, las estadías prolongadas en hospitales psiquiátricos no son aconsejables: demasiado destructivas. Solo se utilizará como último recurso, como alternativa a la mendicidad.
            Los mecanismos de solidaridad social (seguro de desempleo, etc.) deberán ser utilizados a pleno, así como el sostén financiero de amigos con recursos. No se culpabilice demasiado por esto. El poeta es un parásito sagrado.

            El poeta es un parásito sagrado; semejante a los escarabajos del antiguo Egipto, puede prosperar en el cuerpo de sociedades ricas y en descomposición. Pero también tiene su lugar en el corazón de las sociedades frugales y fuertes.
           
            No tiene por qué pelearse. Los boxeadores se pelean; no los poetas. Pero, un poquito hay que publicar; es la condición necesaria para que el reconocimiento póstumo pueda suceder. Si no publica un mínimo (aunque más no sea algunos textos en una revista de segunda), pasará inadvertido para la posteridad; tan inadvertido como mientras estaba vivo. Así fuera usted el más perfecto de todos los genios, deberá dejar rastro de ello; y confiar en que los arqueólogos literarios podrán exhumar el resto.
            Puede fallar. Y esto falla a menudo. Por lo menos una vez al día deberá repetirse que lo esencial es hacer todo lo posible. El estudio de la biografía de sus poetas preferidos podrá serle útil; debería permitirle cometer ciertos errores.
            Dígase a usted mismo que en reglas generales no existe una buena solución para el problema de la supervivencia material; pero que existen muchas muy malas.

            El problema del lugar en donde se vive, no planteará problemas en general; irá a donde pueda ir. Solamente intente evitar tener vecinos demasiado ruidosos, capaces por sí solos de provocar la muerte intelectual definitiva.
            Una pequeña inserción profesional puede aportar algunos conocidos, eventualmente utilizables en una obra ulterior acerca del funcionamiento de la sociedad. Pero un período de mendicidad, en el que nos sumergiremos en la marginalidad, nos aportará otros saberes. El ideal es alternar.
            Otras realidades de la vida, como ser, una vida sexual armoniosa, casarse, tener hijos, resultan a la vez beneficiosas y fecundas. Pero son casi imposibles de alcanzar. En el plano artístico, son tierras prácticamente desconocidas.
            De manera general, oscilará entre la amargura y la angustia. En ambos casos, el alcohol lo ayudará. Lo esencial es obtener esos escasos momentos de remisión que le permitirán realizar su obra. Serán breves; esfuércese para no dejarlos escapar.

            No le tema a la felicidad; no existe.
           

Jorge Monteleone (Buenos Aires, 1957)








L'Homme de sel

Comme une mer glacée,
la saline d'Uyuni
est un paysage qui évoque
le temps où la terre était vierge. Un
jour, un homme
décida que ce vaste
monde blanc serait
son univers, son dieu
et sa nourriture.
Il se proposa, alors,
de se bâtir
une maison faite
entièrement en sel.
Personne ne le crut
et dans le village de Colchani,
il fut nommé "le fou
de la saline". Pourtant,
il y réussit: cette
demeure en pleine
saline, c'est l'hôtel
Playa Blanca, qui aujourd'hui
se trouve clos, après avoir
hébergé, pendant des années,
de nombreux visiteurs
venus du monde entier.
C'est l'histoire de
Teodoro Colque et de
son hôtel de sel,
l'homme qui répète
encore son utopie
à qui veuille l’entendre:
"Le jour viendra,
où la saline abritera
tous ses enfants abandonnés".


La sirène de Pulacayo

Dans l'ancien village de Pulacayo, on continue d'entendre la sirène, à l'heure exacte où les mineurs devraient entrer à la mine. Cependant, il n'y a plus de mineurs, ils ont presque tous émigré et il ne reste que cinq cents habitants, acharnés à préserver leur mémoire, comme la sirène qui marque les heures creuses. "C'est un village de fantômes -dit une femme-, mais les fantômes, c'est nous." A Pulacayo, est résumée la vie historique de la Bolivie: l'exploitation minière y amena le premier train du pays; là s'enrichit Aniceto Arce, un des barons de l'étain qui devint président de la Nation; là encore arriva le légendaire Butch Cassidy attiré par les richesses, là surgit un des mouvements syndicaux les plus puissants de L'Amérique Latine. La sirène de Pulacayo éveille toujours, dans les rues poussiéreuses abandonnées, les traces de cette histoire.


Sumaj Orcko, la colline d'argent.

Depuis 1545 jusqu'à présent, le Sumaj Orcko, le Cerro Rico de Potosí, a livré ses filons d'argent à de nombreuses générations. Grande part de la richesse d'Occident provint de ses filons, à tel point que le chroniqueur Guaman Poma d'Ayala put dire que ce grâce à cette mine que "Castilla est Castilla, Rome est Rome, le Pape est le Pape et le Roi,  monarque du monde". Enorme et rougeâtre, il répand toute la largeur de son ombre sur la vieille cité qui, une fois, fut une Ville Impériale avec plus d'habitants que Londres ou Paris. Lorsque le voyageur s'y interne, tout le passé renaît: dans les anciens temples baroques, dans les matrices et les laminoirs, que manœuvraient obscurément les natifs exploités, dans les rues parcourues par les troupes des armées de la libération, dans les haciendas où persistent les légendes ténébreuses d'amour, de mort et de cupidité.

Le rêve des joncs

Le dieu Huiracocha habitait les eaux du lac Titicaca, miroir ouvert où le ciel se répète plus bleu et plus profond. Dans ces rives mythiques, pousse la totora, le jonc vert et flexible employé depuis des siècles par les indiens Aymaras pour construire leurs barques. Paulino Esteban est l'homme qui domine cette technique le mieux au monde, mais les barques en totora qu'il construit aujourd'hui sont gigantesques et en mesure de traverser l'océan. Depuis l'île Suriqui, Paulino tresse patiemment les joncs pour les navires d'une incroyable mission anthropologique, destinée à démontrer que les civilisations anciennes réalisèrent des voyages transocéaniques. Au bord du Titicaca, les joncs rêvent, agités par les vents du lac, de l’horizon ouvert des mers.

Le règne des métis

A une époque sans nom, quatre couples de frères étaient à la recherche d'une terre riche pour s'installer et fonder une descendance. Ils possédaient un lingot d'or symbolisant leur lignée: en s'enfonçant dans la terre, le lingot marquerait le lieu où il devraient rester pour toujours. Le lieu choisi fut la ville de Cuzco: c'est là qu'ils s'installèrent avec leur peuple, en luttant, mais en négociant aussi avec leurs voisins, se répandant plus tard tout au long des Andes, peuplant et conquérant ce qui pour eux était le monde.
Ils régnèrent pendant plus d'un siècle, jusqu'à ce que les barbus viracochas  ébranlèrent leur pouvoir et, comme eux, refondèrent la ville qui les rendit immortels. Les incas vivent dans chaque pierre du Cuzco: ils sont le génie des labyrinthes de la monumentale Sacsayaman, ils sont présents dans la perfection du mur courbe de l'actuellement disloqué Qoricancha, ce sont les auteurs des chemins qui unissaient le "nombril" avec les centres et les auberges (tambos) de province, ils furent les architectes des murs et des rues de cette ville, aux fleuves endigués. La ville à laquelle ils donnèrent la  forme d'un félin. Dans les immeubles, les places et les trottoirs du Cuzco survivent les héritiers du Tawantinsuyu. Celui qui regardera les cuzqueños dans les yeux, celui qui écoutera attentivement leur voix, redécouvrira dans leurs gestes ce passé inoubliable: ce sont les curateurs de leur langue et de leur culture, les gardiens de ces jours interminables dans le règne des métis.

La ville sacrée

Dans la vallée au bas de l'Urubamba, où les corps sont frôlés par les nuages, dans une rumeur d’eaux lointaines et de forêts qui s'agitent, s'érige la monumentale Machu Pichu. La profondeur de la géographie qui l'entoure la protégea toujours, la tournant inaccessible tout en la chargeant de mystère. Seul le vent, seule l'eau, seuls les arbres peuvent parler, quand le spectateur se voit réduit au silence: ces temples, ces enceintes, ces larges perrons semblent s'ériger contre le temps, intouchés dans leur permanence. Harmonieuse, riche en travaux, en styles, cette ville sacrée qui resta occulte pour les conquistadores et ne fut découverte qu'en 1911 par l'explorateur Hiram Bingham, se multiplie en observatoires, temples, palais, résidences et terrasses qui pouvaient accueillir un millier de personnes. Le complexe de Machu Pichu fut la résidence de l'Inca Pachacuti et de sa lignée, il s'utilisa comme centre cérémoniel, se constitua en forteresse, abrita les femmes élues et pourvut tous les habitants d'aliments cultivés dans les terrasses et autres terrains. Des chemins et des ponts enclavés dans les rochers le communiquaient avec le Cuzco. On arrive à Machu Pichu après avoir traversé sommets, versants, autels et labyrinthes, disposés dans un paysage d'abîmes et de montagnes escarpées qui s'enfonce dans une forêt en quête définitive de la naissance du soleil. Toute la lumière renaîtra avec elle, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de noms sur la terre.

Uyuni

Le regard des ancêtres: les hauteurs et les sommets.

Le règne du masculin: le pouvoir de Turupa.

La domestication du froid et de la hauteur.

Hommes de sel, de troupeaux et de tubercules.

La route des caravanes.


Potosí

De guerriers de l'Inca au travail dans les galeries.

De l'harmonie à l'enfer des métaux: temps de vie et de mort.

Le sabbat multiethnique et multiculturel d'une ville jamais fondée.

Splendeur et déclin de la montagne de l'abondance.


Pulacayo

Berceau du syndicalisme bolivien.

La production minière et la vitalité ouvrière de l "altiplano".

La dévastation de la globalisation.

La sirène et l'espoir dans l'avenir.


Titicaca

L'équilibre d'un paysage de contraires.

Le berceau de la vie.

Cultures lacustres: de la symétrie à la tristesse du dieu des bâtons.

Navigateurs, guerriers et agriculteurs.


Cuzco

Du mythe à l'histoire: l'arrivée des Incas.

Des voisins dangereux: le début de l'épopée d'un empire.

Cataclysmes et refondations, le redimensionnement du Cuzco.

La vigueur des représentations, opposées et complémentaires.

Le brisement de l'équilibre. Espagnols, Indiens, Noirs et le métissage.


Machu Pichu

La vitalité de l'Urubamba.

Un autre pari pour les hauteurs.

Résidence de l'Inca, centre cérémoniel, maison des élues et efficacité productive.

L'architecture monumentale intacte derrière les nuages de l'Antisuyu.

jueves, 4 de abril de 2013

Jean Grosjean (1912-2006)

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El rostro

El vaho de tu aliento colma el aire frío. Duermo en una barca en aguas temblorosas. Sueño que duermo en la bruma. Retén el aliento para verte en mi sueño.

Más pesada aún es la mojadura del aire. El agua duerme entre los penachos de juncos. La barca se pudre bajo el árbol cuya imagen se hunde en el agua.

Me siento acribillado por tu munificencia. Apenas tu mirada se posó en mí, abrí los ojos, estaba perdido. No irás más lejos que verte pálida en mi cara.

El abismo accede al dios por la apariencia. Todo acontecimiento no es más que un incremento de claridad. El murmullo de los juncos contiene el resplandor de la marisma.

Tu alma se agota en su rostro. Y te oímos abrir el cerrojo de la puerta donde brilla el óxido húmedo en los efluvios de bosta y una rosa. Escucha ahora a tu gran ángel que te mira.

El grito de un gallo calla. Que bordee el camino en el que, por momentos, la pálida estrella resplandece y, a mis pies, tiembla el barranco del abismo.

Referencia pues sin más razón que la admirable imagen de la ausencia de sí. El charco por donde huyen nubes grises, hojas ocre y migraciones de ocas es más rostro que la cara de Apolo.

El ser es el ser fuera de sí. El ser existe porque la nada le solicita esa gracia. El espíritu solo sufrió el velo al oír el desgarro.

El espíritu es testigo de que figuro solo al dios. Si me ausentara de mi nada, ¿en qué abismo caerías tú? Pero te encuentras en mí, en mí te verificas sin dulzura.

Que solo tus síntomas tengan autoridad sobre el espacio de los vestigios. Los trigos partieron a las trilladoras. La guadaña abre al cielo blanco el suelo negro, los aquenios bogan en las anfractuosidades de la tierra.

La moneda del álamo tintinea en la mesa del viento. Los estandartes de las vainas rozan con sus susurros de oro los rodrigones. ¿Quién es Yo? salvo un dolor que ya no lo quisiera.

Mi sombra prueba que obvio la luz. Una humareda azul entre los árboles prueba que el oficiante está a la obra. El viejo cura fusila el zorro de los bosques.

El tilo se tiende sobre la tela amarilla, la zarza está maculada de sangre. El cielo abierto sobre el abismo cenital de la palidez. Hoy te engendré.


Jean Grosjean, La Gloire, précédé de Apocalypse et Hiver, Gallimard, Paris, 2008.