sábado, 27 de abril de 2013

Jorge Monteleone (Buenos Aires, 1957)








L'Homme de sel

Comme une mer glacée,
la saline d'Uyuni
est un paysage qui évoque
le temps où la terre était vierge. Un
jour, un homme
décida que ce vaste
monde blanc serait
son univers, son dieu
et sa nourriture.
Il se proposa, alors,
de se bâtir
une maison faite
entièrement en sel.
Personne ne le crut
et dans le village de Colchani,
il fut nommé "le fou
de la saline". Pourtant,
il y réussit: cette
demeure en pleine
saline, c'est l'hôtel
Playa Blanca, qui aujourd'hui
se trouve clos, après avoir
hébergé, pendant des années,
de nombreux visiteurs
venus du monde entier.
C'est l'histoire de
Teodoro Colque et de
son hôtel de sel,
l'homme qui répète
encore son utopie
à qui veuille l’entendre:
"Le jour viendra,
où la saline abritera
tous ses enfants abandonnés".


La sirène de Pulacayo

Dans l'ancien village de Pulacayo, on continue d'entendre la sirène, à l'heure exacte où les mineurs devraient entrer à la mine. Cependant, il n'y a plus de mineurs, ils ont presque tous émigré et il ne reste que cinq cents habitants, acharnés à préserver leur mémoire, comme la sirène qui marque les heures creuses. "C'est un village de fantômes -dit une femme-, mais les fantômes, c'est nous." A Pulacayo, est résumée la vie historique de la Bolivie: l'exploitation minière y amena le premier train du pays; là s'enrichit Aniceto Arce, un des barons de l'étain qui devint président de la Nation; là encore arriva le légendaire Butch Cassidy attiré par les richesses, là surgit un des mouvements syndicaux les plus puissants de L'Amérique Latine. La sirène de Pulacayo éveille toujours, dans les rues poussiéreuses abandonnées, les traces de cette histoire.


Sumaj Orcko, la colline d'argent.

Depuis 1545 jusqu'à présent, le Sumaj Orcko, le Cerro Rico de Potosí, a livré ses filons d'argent à de nombreuses générations. Grande part de la richesse d'Occident provint de ses filons, à tel point que le chroniqueur Guaman Poma d'Ayala put dire que ce grâce à cette mine que "Castilla est Castilla, Rome est Rome, le Pape est le Pape et le Roi,  monarque du monde". Enorme et rougeâtre, il répand toute la largeur de son ombre sur la vieille cité qui, une fois, fut une Ville Impériale avec plus d'habitants que Londres ou Paris. Lorsque le voyageur s'y interne, tout le passé renaît: dans les anciens temples baroques, dans les matrices et les laminoirs, que manœuvraient obscurément les natifs exploités, dans les rues parcourues par les troupes des armées de la libération, dans les haciendas où persistent les légendes ténébreuses d'amour, de mort et de cupidité.

Le rêve des joncs

Le dieu Huiracocha habitait les eaux du lac Titicaca, miroir ouvert où le ciel se répète plus bleu et plus profond. Dans ces rives mythiques, pousse la totora, le jonc vert et flexible employé depuis des siècles par les indiens Aymaras pour construire leurs barques. Paulino Esteban est l'homme qui domine cette technique le mieux au monde, mais les barques en totora qu'il construit aujourd'hui sont gigantesques et en mesure de traverser l'océan. Depuis l'île Suriqui, Paulino tresse patiemment les joncs pour les navires d'une incroyable mission anthropologique, destinée à démontrer que les civilisations anciennes réalisèrent des voyages transocéaniques. Au bord du Titicaca, les joncs rêvent, agités par les vents du lac, de l’horizon ouvert des mers.

Le règne des métis

A une époque sans nom, quatre couples de frères étaient à la recherche d'une terre riche pour s'installer et fonder une descendance. Ils possédaient un lingot d'or symbolisant leur lignée: en s'enfonçant dans la terre, le lingot marquerait le lieu où il devraient rester pour toujours. Le lieu choisi fut la ville de Cuzco: c'est là qu'ils s'installèrent avec leur peuple, en luttant, mais en négociant aussi avec leurs voisins, se répandant plus tard tout au long des Andes, peuplant et conquérant ce qui pour eux était le monde.
Ils régnèrent pendant plus d'un siècle, jusqu'à ce que les barbus viracochas  ébranlèrent leur pouvoir et, comme eux, refondèrent la ville qui les rendit immortels. Les incas vivent dans chaque pierre du Cuzco: ils sont le génie des labyrinthes de la monumentale Sacsayaman, ils sont présents dans la perfection du mur courbe de l'actuellement disloqué Qoricancha, ce sont les auteurs des chemins qui unissaient le "nombril" avec les centres et les auberges (tambos) de province, ils furent les architectes des murs et des rues de cette ville, aux fleuves endigués. La ville à laquelle ils donnèrent la  forme d'un félin. Dans les immeubles, les places et les trottoirs du Cuzco survivent les héritiers du Tawantinsuyu. Celui qui regardera les cuzqueños dans les yeux, celui qui écoutera attentivement leur voix, redécouvrira dans leurs gestes ce passé inoubliable: ce sont les curateurs de leur langue et de leur culture, les gardiens de ces jours interminables dans le règne des métis.

La ville sacrée

Dans la vallée au bas de l'Urubamba, où les corps sont frôlés par les nuages, dans une rumeur d’eaux lointaines et de forêts qui s'agitent, s'érige la monumentale Machu Pichu. La profondeur de la géographie qui l'entoure la protégea toujours, la tournant inaccessible tout en la chargeant de mystère. Seul le vent, seule l'eau, seuls les arbres peuvent parler, quand le spectateur se voit réduit au silence: ces temples, ces enceintes, ces larges perrons semblent s'ériger contre le temps, intouchés dans leur permanence. Harmonieuse, riche en travaux, en styles, cette ville sacrée qui resta occulte pour les conquistadores et ne fut découverte qu'en 1911 par l'explorateur Hiram Bingham, se multiplie en observatoires, temples, palais, résidences et terrasses qui pouvaient accueillir un millier de personnes. Le complexe de Machu Pichu fut la résidence de l'Inca Pachacuti et de sa lignée, il s'utilisa comme centre cérémoniel, se constitua en forteresse, abrita les femmes élues et pourvut tous les habitants d'aliments cultivés dans les terrasses et autres terrains. Des chemins et des ponts enclavés dans les rochers le communiquaient avec le Cuzco. On arrive à Machu Pichu après avoir traversé sommets, versants, autels et labyrinthes, disposés dans un paysage d'abîmes et de montagnes escarpées qui s'enfonce dans une forêt en quête définitive de la naissance du soleil. Toute la lumière renaîtra avec elle, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de noms sur la terre.

Uyuni

Le regard des ancêtres: les hauteurs et les sommets.

Le règne du masculin: le pouvoir de Turupa.

La domestication du froid et de la hauteur.

Hommes de sel, de troupeaux et de tubercules.

La route des caravanes.


Potosí

De guerriers de l'Inca au travail dans les galeries.

De l'harmonie à l'enfer des métaux: temps de vie et de mort.

Le sabbat multiethnique et multiculturel d'une ville jamais fondée.

Splendeur et déclin de la montagne de l'abondance.


Pulacayo

Berceau du syndicalisme bolivien.

La production minière et la vitalité ouvrière de l "altiplano".

La dévastation de la globalisation.

La sirène et l'espoir dans l'avenir.


Titicaca

L'équilibre d'un paysage de contraires.

Le berceau de la vie.

Cultures lacustres: de la symétrie à la tristesse du dieu des bâtons.

Navigateurs, guerriers et agriculteurs.


Cuzco

Du mythe à l'histoire: l'arrivée des Incas.

Des voisins dangereux: le début de l'épopée d'un empire.

Cataclysmes et refondations, le redimensionnement du Cuzco.

La vigueur des représentations, opposées et complémentaires.

Le brisement de l'équilibre. Espagnols, Indiens, Noirs et le métissage.


Machu Pichu

La vitalité de l'Urubamba.

Un autre pari pour les hauteurs.

Résidence de l'Inca, centre cérémoniel, maison des élues et efficacité productive.

L'architecture monumentale intacte derrière les nuages de l'Antisuyu.

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